Évaluer l’association entre les modalités de prescription de l’activité physique adaptée par le médecin généraliste et l’adhésion des patients de 60 ans et plus en soins primaires : étude quantitative transversale.

Le vieillissement de la population constitue un enjeu majeur de santé publique. En France, la part des personnes de 60 ans et plus augmente et, selon les projections de l’Insee, cette tendance va s’accélérer au cours des prochaines décennies. (1) Entre 2007 et 2060, le nombre de personnes âgées de plus de 60 ans pourrait augmenter de plus de 80%, selon le scénario central, pour atteindre, en 2060, le nombre de 23.6 millions (dont 12 millions pour les plus de 75 ans et 5.5 millions pour les plus de 85 ans). À partir de ces données, on comprend les enjeux majeurs concernant la prévention et le bien vieillir. Dès à présent, tout doit être mis en œuvre pour maintenir l’autonomie des personnes âgées et retarder au maximum l’entrée dans la dépendance.
Selon la fédération des acteurs de la solidarité, la perte d’autonomie ou dépendance est définie comme l’incapacité pour une personne d’effectuer par elle-même certains actes de la vie quotidienne, et qui a besoin, nonobstant les soins qu’elle est susceptible de recevoir, d’une aide matérielle ou humaine pour effectuer ces actes. (2) La notion de « perte d’autonomie » est généralement utilisée pour évoquer la situation des personnes qui deviennent dépendantes du fait du vieillissement, elle permet d’illustrer un processus ; la notion de « dépendance » est le plus souvent utilisée dans le champ du handicap. Le cadre normatif défini notamment par le Code de l’Action Sociale et des familles fixe à 60 ans l’âge auquel les personnes commencent à relever de la politique à destination des personnes âgées et non plus du champ du handicap, bien qu’une personne relevant du champ du handicap avant l’âge de 60 ans puisse continuer à en relever après 60 ans. La perte d’autonomie représente un risque majeur chez ces sujets en termes de qualité de vie et de coûts pour le système de santé.
La pratique d’une activité physique constitue l’un des atouts majeurs pour prévenir la perte d’autonomie et favoriser un vieillissement en bonne santé.
L’activité physique adaptée (APA) se définit comme une activité physique ou sportive adaptée aux capacités de personnes à besoins spécifiques : atteintes de maladies chroniques, vieillissantes, en situation de handicap ou vulnérables. (3) Elle mobilise des connaissances scientifiques pluridisciplinaires pour évaluer les ressources et les besoins des individus et concevoir avec eux des dispositifs et des projets d’intervention sportifs ou artistiques adaptées à des fins de prévention, de réadaptation, d’inclusion, d’éducation ou de participation sociale.
Pourtant, de nombreuses études montrent que la pratique de l’APA reste insuffisamment intégrée en soins primaires, notamment du fait de freins liés au manque de temps, de formation, ou d’outils pratiques pour les médecins généralistes. Dans une étude sur un échantillon national de professionnels de santé représentatif, menée pour l’institut national du cancer (INCa), sur la connaissance, la perception, les pratiques et les attentes en matière de prévention, 68% des médecins généralistes interrogés disent aborder la pratique d’activité physique régulière au minimum une fois avec chacun de leurs patients sur la durée globale de leur suivi. (4) D’autres études, menées en régions, montrent que cette thématique est abordée en consultation de façon plus majoritaire par 78 % à 90 % des généralistes, d’autant plus que le médecin pratique un ou plusieurs sports. En 2021, 88 % des médecins généralistes de cette étude ont entendu parler du dispositif de prescription d’activité physique adaptée (APA), mais seuls 41 % déclarent l’utiliser auprès de leurs patients en situation d’affection de longue durée (ALD). L’incitation à la pratique régulière d’une activité physique reste pour la plupart d’entre eux fondée sur la délivrance de conseils oraux. Alors que le dispositif est peu utilisé, les médecins s’accordent sur l’efficacité d’une prescription écrite d’activité physique. L’ordonnance écrite est un facteur de motivation et d’adhésion à l’activité physique. La prescription d’une activité physique, particulièrement étudiée au Danemark et en Nouvelle-Zélande, aurait en moyenne deux fois plus de chances d’être convertie en actes qu’un conseil oral.
Les effets seraient encore majorés lorsque l’objectif et les modalités de l’activité physique sont co-construits avec le patient et qu’ils tiennent compte de ses envies, ses motivations et son parcours de soin. En France, il y a peu de données concernant la prescription d’une activité physique ainsi que sa promotion.
Des travaux de recherche ont été réalisés sur l’analyse des ressentis et des freins concernant la prescription d’activités physiques adaptées pour les patients en ALD chez des médecins généralistes ayant réalisés une formation à cette prescription. (5) L’étude menée par Rucar B. et Bacquaert P. (2018) sur le dispositif « sport santé sur ordonnance » apporte des éléments importants concernant les pratiques des médecins généralistes et les limites de la prescription d’activité physique adaptée (APA) en France. Il s’agit d’une étude menée auprès de médecins généralistes ayant bénéficié d’une formation spécifique à la prescription d’APA, ce qui permet d’explorer non seulement leurs pratiques, mais également leur ressenti et leur expérience concrète dans la mise en œuvre du dispositif. Les résultats montrent que, malgré une perception globalement positive de l’efficacité de l’activité physique adaptée dans la prise en charge des patients atteints d’affections de longue durée (ALD), de nombreux freins persistent à sa prescription en pratique courante. Parmi les principaux obstacles identifiés figurent : le manque de temps en consultation, limitant la possibilité d’aborder en détail la question de l’activité physique, l’insuffisance de formation pratique concernant les modalités de prescription (type, intensité, suivi), le manque de structuration de l’offre locale en activité physique adaptée, rendant difficile l’orientation des patients, l’absence de remboursement ou de prise en charge financière, freinant l’adhésion des patients, ainsi que des difficultés de suivi et d’évaluation de l’observance. L’étude met également en évidence que, même chez des médecins formés, la prescription d’APA reste peu systématisée et repose encore majoritairement sur des conseils oraux plutôt que sur une prescription écrite structurée. Par ailleurs, les auteurs soulignent que plusieurs leviers pourraient favoriser le développement de ce dispositif, notamment : le renforcement de la formation initiale et continue des médecins, la mise à disposition d’outils pratiques (protocoles, guides de prescription), le développement de réseaux locaux entre professionnels de santé et structures sportives, ainsi qu’une meilleure reconnaissance institutionnelle et financière du dispositif. Ainsi, cette étude met en évidence un décalage entre les recommandations de santé publique et leur application en soins primaires, soulignant la nécessité de mieux accompagner les médecins généralistes dans la promotion de l’activité physique adaptée. De nombreux freins émergent de cette étude limitant la généralisation du dispositif sport santé sur ordonnance. Il existe donc un enjeu à mieux comprendre les facteurs associés à l’adhésion des patients âgés de plus de 60 ans à l’activité physique adaptée, dans une perspective de prévention de la perte d’autonomie. Il apparaît notamment pertinent d’étudier l’association entre les modalités de promotion de l’activité physique en médecine générale et l’adhésion des patients.

Étiqueté comme : activité physique adaptée, gériatrie, médecine du sport, médecine générale, perte d'autonomie

Question de recherche *:

Chez les patients de 60 ans et plus en soins primaires, quelles modalités de prescription de l’activité physique adaptée par le médecin généraliste sont associées à une meilleure adhésion à l’activité physique adaptée ?

Hypothèses: Les patients ayant bénéficié de modalités structurées de prescription de l’activité physique adaptée (prescription écrite, supports éducatifs ou orientation) présentent une meilleure adhésion à l’activité physique que ceux ayant reçu un simple conseil oral.
Objectif: L’objectif principal sera d’évaluer l’association entre les modalités de promotion de l’activité physique adaptée par le médecin généraliste et l’adhésion à l’activité physique chez les patients âgés de 60 ans et plus.
Matériel et méthode:

Il s’agit d’une étude quantitative transversale menée auprès de patients âgés de 60 ans et plus consultant en médecine générale. (6) L’étude sera réalisée dans des cabinets de médecine générale situés en Essonne et en Seine-et-Marne. Les patients inclus devront être âgés de 60 ans ou plus, consulter un médecin généraliste participant à l’étude, et avoir donné leur consentement oral à participer. Les patients présentant des troubles cognitifs ne permettant pas la compréhension ou le remplissage du questionnaire, ainsi que ceux refusant de participer, ne seront pas inclus. Seront exclus de l’analyse les questionnaires incomplets ou jugés inexploitable. Le recrutement sera réalisé de manière consécutive dans les cabinets de médecine générale participants, sur une période de deux à trois mois, afin de limiter les biais de sélection et de refléter au mieux la pratique courante. Un effectif cible d’environ 100 à 150 patients sera recherché, en fonction des possibilités de recrutement sur la période d’étude. Le recueil des données reposera sur un questionnaire standardisé auto-administré, remis aux patients en salle d’attente ou à l’issue de la consultation. Une notice d’information sera remise aux participants conformément aux exigences réglementaires.
Ce questionnaire permettra de recueillir des données sociodémographiques (âge, sexe), des informations relatives à l’état de santé et au niveau d’autonomie, le niveau d’activité physique (évalué à l’aide d’un questionnaire validé tel que l’IPAQ si possible), les modalités de prescription de l’activité physique par le médecin généraliste (conseil oral, prescription écrite), l’adhésion à une activité physique adaptée (oui/non), ainsi que les freins perçus à la pratique.

Description méthodologique de l’étude:

Les données seront saisies de manière anonyme dans une base sécurisée, puis analysées à l’aide d’un logiciel de statistique.
Dans un premier temps, une analyse descriptive sera réalisée. Les variables quantitatives seront décrites par leur moyenne et leur écart-type en cas de distribution normale, ou par leur médiane et leur intervalle interquartile en cas de distribution non normale. Les variables qualitatives seront présentées sous forme d’effectifs et de pourcentages.
Dans un second temps, une analyse univariée sera conduite afin d’étudier l’association entre l’adhésion à une activité physique adaptée (variable principale) et les différentes variables explicatives. L’adhésion sera comparée selon les modalités de prescription délivrées par le médecin généraliste (conseil oral ou prescription écrite), ainsi que selon les caractéristiques sociodémographiques et les freins déclarés. Les comparaisons entre variables qualitatives seront réalisées à l’aide du test du Chi² ou du test exact de Fisher lorsque les effectifs seront insuffisants. Les variables quantitatives seront comparées à l’aide du test de Student ou du test de Mann-Whitney selon la distribution des données. Une analyse multivariée par régression logistique binaire pourra être réalisée secondairement, si l’effectif le permet, afin d’identifier les facteurs indépendamment associés à l’adhésion à une activité physique adaptée. Les résultats seront exprimés en odds ratios (OR) avec leurs intervalles de confiance à 95 %.
Le seuil de significativité statistique sera fixé à p < 0,05.

Références:

1. Projections de population à l’horizon 2060 − Projections de population 2007-2060 pour la France métropolitaine | Insee [Internet]. [cité 24 sept 2025]. Disponible sur: https://www.insee.fr/fr/statistiques/1281151?sommaire=2020101
2. Fiches-Pratiques-A-LA-PERTE-DAUTONOMIE-OU-DEPENDANCE-DEFINITION-ET-MODES-DEVALUATION.pdf [Internet]. [cité 24 sept 2025]. Disponible sur: https://www.federationsolidarite.org/wp-content/uploads/2020/11/Fiches-Pratiques-A-LA-PERTE-DAUTONOMIE-OU-DEPENDANCE-DEFINITION-ET-MODES-DEVALUATION.pdf
3. SPF. L’activité physique adaptée comme stratégie de prévention et de traitement des maladies chroniques [Internet]. [cité 24 sept 2025]. Disponible sur: https://www.santepubliquefrance.fr/import/l-activite-physique-adaptee-comme-strategie-de-prevention-et-de-traitement-des-maladies-chroniques
4. Ancellin R. Prescription d’activité physique par les médecins : freins et leviers. 2022.
5. Rucar B, Bacquaert P. Sport santé sur ordonnance: analyse des ressentis et des freins concernant la prescription d’activités physiques adaptées pour les patients en ALD chez des médecins généralistes ayant réalisés une formation à cette prescription. 2018-2021, France; 2018.
6. Les études quantitatives des articles médicaux. LEPCAM [Internet]. [cité 15 nov 2025]. Disponible sur: https://lepcam.fr/index.php/les-etapes/quanti/

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Eventuels objectifs secondaires: Les objectifs secondaires seront de comparer le taux d’adhésion à l’activité physique selon les modalités de promotion (conseil oral, prescription écrite, supports éducatifs, orientation vers des structures) et d’identifier les facteurs associés à l’adhésion à l’activité physique (âge, sexe, niveau d’autonomie, comorbidités).

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