Utilisation du réseau de professionnel de santé par les médecins généraliste dans le sevrage des benzodiazépines chez les plus de 65 ans ayant une consommation chronique
La prescription de benzodiazépines et de ses dérivés est un enjeu de santé publique, notamment en population gériatrique. Population dont les paramètres pharmacocinétiques (augmentation de la ½ vie notamment) et pharmacodynamiques (sensibilité des récepteurs) peuvent entraîner un fort risque iatrogène. En effet, ces molécules peuvent entraîner des troubles cognitifs(1), des troubles psychomoteurs, des troubles de la vigilance avec une somnolence et une sédation majorant le risque de chute ou de fausses routes, des troubles de la mémoire, des troubles du comportement, ainsi à une perte d’autonomie. De plus, il s’agit de molécules ayant un haut risque d’accoutumance (2) et dont les prescriptions sont, en théorie, réglementées : on ne peut associer deux molécules ensemble, la prescription ne doit pas dépasser 4 semaines en cas de trouble du sommeil et 12 semaines dans les autres cas, l’arrêt doit être progressif…
Malgré cela, les benzodiazépines restent une prescription très fréquente notamment en médecine de ville. 13,4% (3) de la population aurait déjà reçu au moins une prescription de benzodiazépines ou de ses dérivés dans sa vie.
Malgré les durées de traitement réglementaires, 14 à 18% des consommateurs (3) ont une première durée de traitement supérieure aux recommandations, parfois pouvant aller jusqu’à un an dans 2% des cas.
La pandémie de Covid (4) a été à l’origine d’une hausse des délivrances comprises entre 5% et 13% ainsi que d’une hausse des instaurations comprises entre 15% et 26%.
Par ailleurs, la prévalence de consommation de ces molécules ne cesse de croître avec l’âge(1) notamment après 80 ans, 38,3% des femmes de cet âge-là utilisent des benzodiazépines. (3)
En tant que médecin généraliste, nous sommes fortement confrontés à cet enjeu de santé publique. 82% des prescriptions initiales sont instituées par un médecin généraliste (3).
Ainsi nous avons donc notre rôle à jouer dans la prescription, le suivi et le sevrage de ce type de molécule notamment quand le préjudice peut être important.
Lors de ma pratique au cours du SN1, la demande de renouvellement de benzodiazépines et/ou ses dérivés étaient plus que fréquentes, ainsi que l’ajout d’une molécule supplémentaire lorsque les effets n’étaient plus ressentis. J’ai remarqué une différence d’attitude, commune à mes trois maitres de stage, quant à leur réponse face à ces demandes selon l’âge du patient. Il était plus facile pour eux de refuser ou de diriger vers une réduction de la consommation chez un patient jeune, ce qui n’était pas forcément le cas avec les patients plus âgés qui consommaient certaines molécules depuis des dizaines d’années.
Connaissant les risques de ces molécules, plus particulièrement chez cette population gériatrique, et les durées théoriques de prescription, j’en suis venue à me demander quels étaient les freins rencontrés par les médecins généraliste dans la mise en place d’un sevrage de benzodiazépines et/ou ses dérivés chez les patients de plus de 65 ans consommateur chronique.
Cependant, sur différents plans, cette question a été abordée dans divers travaux universitaires. A travers ces travaux de recherche, on peut en conclure que le sevrage est perçu par les médecins généralistes comme étant assez compliqué (5) voire dans certains cas impossible et non une priorité. Les moyens qu’ils ont ne sont pas en faveur d’une réussite d’un sevrage organisé en ville et que les freins rencontrés sont multiples.
En étendant mes recherches à d’autres spécialités, j’ai découvert un travail (6) concernant le rôle du pharmacien en officine dans le sevrage de ces molécules. Ils en sont venus à la conclusion qu’ils ont également un rôle important dans la prévention des risques puisqu’ils sont en première ligne lors de la délivrance de ces substances et notamment lors des renouvellements de prescription. De plus, de nombreux patients âgés ont des passages IDE à domicile notamment pour la préparation des piluliers, ces derniers peuvent également avoir un rôle de sensibilisation.
Enfin l’aspect relation médecin-patient n’est pas vraiment exploré dans les différents travaux que j’ai pu lire. Ainsi je trouvais que les relations que les professionnels de santé entretiennent avec leurs patients pouvaient être au cœur de notre problématique.
De plus, la collaboration avec les autres professionnels de santé me semblait être une ressource intéressante qui pouvait être mobilisée par les médecins généralistes afin de les aider dans le sevrage de leurs patients.
Ainsi ne serait-il pas judicieux pour les médecins généralistes d’exploiter davantage la pluri professionnalité afin de faciliter le sevrage de leurs patients ? Peut-elle aider à lever les freins existants ?
1. Bourin M. Faut-il encore utiliser les benzodiazépines ? PSN. 2014;12(2):7‑17.
2. Guillou-Landreat M, Grall-Bronnec M, Victorri-Vigneau C, Venisse JL. Sujets âgés et benzodiazépines : de la consommation à la dépendance. NPG Neurol – Psychiatr – Gériatrie.1août 2008;8(46):9‑16.
3. ANSM. État des lieux de la consommation des benzodiazépines en France. France. Avril 2017.
4. Epi-Phare. Usage des médicaments de ville en France durant l’épidémie de la Covid-19 – point de situation jusqu’au 25 avril 2021. France. ANSM et Assurance Maladie. 27 mai 2021. Rapport 6
5. Adrien Demouveaux, Sevrage en benzodiazépines des patients âgés en médecine générale : utopie ou réalité ?, 2017
6. Nolwenn Prigent, Le sevrage des benzodiazépines : état des lieux en Seine-Maritime et rôle du pharmacien d’officine, 2022
Question de recherche *:De quelle manière les médecins généralistes exploitent-ils leurs réseaux de professionnels de santé pour faciliter l’adhésion au sevrage en benzodiazépines et/ou ses dérivés chez des patients de plus de 65 ans ayant une consommation chronique ?
Etude qualitative
Entretiens individuels semi-structurés afin de laisser une certaine liberté aux participants tout en structurant avec des axes directifs
Initiation à la recherche qualitative en santé, Jean Pierre LEBEAU
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