Evaluation des troubles du sommeil chez les médecins généralistes en activité
1. Le sommeil, un pilier de la santé
Ici je cherche à développer la physiopathologie du sommeil et établir son importance dans la santé, ainsi qu’une brève revue des habitudes de sommeil en France et dans la population des MG
Le sommeil est un besoin physiologique fondamental, impliqué dans la régulation des fonctions immunitaires, cognitives, endocriniennes et psychiques. Une restriction prolongée ou une altération de sa qualité a été associée à de nombreuses pathologies, notamment les troubles anxiodépressifs, les maladies cardiovasculaires, l’obésité, le diabète de type 2 et les troubles de la mémoire(1–4)
Au sein de la population générale française, le temps de sommeil moyen est estimé à 6h55, et plus d’un tiers ont un rythme de sommeil qui les expose à des risques pour leur santé (5). Par ailleurs, 17 % présentent une dette de sommeil chronique supérieure à 90 minutes, et 13 % souffrent d’insomnie chronique(6)
Le sommeil de la population générale varie en fonctions de plusieurs critères déjà bien identifié : cadre socio-professionnel, genre, âge, le nombre d’enfant. Au total, ce sont les femmes travaillant dans un cadre socio-professionnel à responsabilité et ayant des enfants qui dorment le moins, habitude qui perdure même à la retraite.(7) Certains professionnels spécifiques en France souffre de pathologies liées au manque de sommeil, pouvant être comparées à la population des médecins généralistes.(8)
2. Les médecins : une population à risque particulier
Les médecins, en tant que professionnels de santé, sont exposés à de multiples contraintes susceptibles d’altérer leur sommeil : amplitude horaire, surcharge cognitive, astreintes, charge émotionnelle, pression décisionnelle. En France, près de 2 médecins généralistes sur 3 déclarent travailler plus de 50 heures par semaine(9), et près de la moitié disent éprouver des difficultés à concilier vie professionnelle et personnelle(10).
Ces troubles du sommeil se manifestent par ailleurs dès leur formation initiale : de nombreux internes souffrent de troubles du sommeil, notamment en première et dernière année d’internat(11). Lors de cette formation, le cycle de garde représente également un facteur majeur de trouble du sommeil, notamment du cycle circadien. Ces gardes de nuit peuvent par la suite persister, dans un contexte où la permanence de soins est de plus en plus difficile à maintenir en France.(12)Ces troubles jouent un rôle déterminant dans des pathologies comme le burn-out, touchant de plus en plus les externes et internes en France, ces derniers estimant que leur travail est de moins en moins gratifiant et qu’ils n’ont plus assez de temps pour leurs activités extra-professionnelles ou leurs familles.(13)
Ces facteurs sont reconnus comme des déterminants des troubles du sommeil dans les professions soignantes. Une enquête menée auprès de 10 087 professionnels de santé a montré qu’un environnement de travail dégradé, une faible reconnaissance et un stress organisationnel élevé étaient fortement associés à une mauvaise qualité du sommeil (PSQI > 5 dans 53 % des cas)(14). Ce fut notamment le cas lors de la pandémie de COVID-19 où la dégradation du système de soin a directement impacté la santé mentale des médecins généralistes, provoquant notamment des troubles du sommeil.(15)
3. Le sommeil des médecins généralistes : un angle peu exploré
Alors que les troubles du sommeil des internes, hospitaliers et soignants ont fait l’objet de nombreuses publications, les médecins généralistes libéraux restent sous-représentés dans la littérature scientifique. Pourtant, plusieurs signaux d’alerte existent. Une enquête de 2018 indique que 50 % des MG français présentent des troubles du sommeil, dont 25 % des troubles quotidiens. Plus de 14 % déclarent consommer régulièrement des psychotropes, majoritairement en automédication (16). Ces troubles du sommeil ont des conséquences graves sur la pratique professionnelle augmentant tant le risque d’erreur et de faute professionnelle que d’accident dans un plus large spectre(17)
Certaines études tendent à démontrer que les médecins consommateurs de benzodiazépines dans le cadre de trouble du sommeil ont une tendance accrue à prescrire ces mêmes traitements à leurs patients (18). A l’inverse, d’autres travaux suggèrent que les médecins souffrant eux même d’insomnies ou de trouble du sommeil se montrent empathiques et tâchent d’appliquer les recommandations sans s’appliquer à eux même ces méthodes et en culpabilisant de prescrire des médicaments hypnotiques(19). Cela reflète l’ambivalence entre l’appréhension des médecins généralistes à recourir aux benzodiazépines et la demande des patients de soulager leurs symptômes.(20)
4. Une prise en charge encore insuffisante
Le motif de trouble du sommeil prend une grande place en consultation de médecine générale, et les praticiens y prêtent une attention particulière(21) et ce malgré une banalisation de la population générale de ce trouble(22)
La gestion de l’insomnie en médecine générale repose encore largement sur la prescription de benzodiazépines et apparentés, malgré les recommandations de limitation(23). Les obstacles à une déprescription étaient nombreux : manque de temps, difficulté d’accès à la TCC-I, pression des patients, absence de formation spécifique(24).En France, la prescription initiale de médicaments lourds dépasse de loin les alternatives non médicamenteuses, ou de médicaments avec moins d’impact sur la santé (par exemple doxylamine).(25)
Il est notable que les MG français rapportent un manque de formation sur l’insomnie(26), et que la formation augmente significativement le respect des recommandations de prescription concernant les troubles du sommeil(27). L’approche non pharmacologique reste marginale, malgré des solutions émergentes dans le traitement de l’insomnie(28). Le recours à des dispositifs plus large est exploré dans d’autres pays européens mais la France tarde à déployer ce type de solutions(29)
Quel est la qualité de sommeil des médecins généralistes en activité?
Hypothèses: La pratique de la médecine générale entraine des troubles du sommeil, indépendament du mode de pratiqueo Enquête quantitative, épidémiologique, descriptive et observationnelle,
o Données recueillies à un instant T, par questionnaire auto-administré.
Population cible
o Médecins généralistes en activité (libéraux, salariés ou mixtes), sur le territoire français.
o Critères d’inclusion : médecin thésé ou en cours de thèse, en exercice au moment de l’étude.
o Critères d’exclusion : retraite, arrêt de longue durée, spécialité non-médecine générale, interne n’ayant pas validé le DES de médecine générale.
Outils de mesure
Le questionnaire comprendra :
• Données générales : âge, sexe, région, situation familiale ;
• Caractéristiques professionnelles : type d’exercice, nombre d’heures de travail hebdomadaire, participation aux gardes, activité complémentaire ;
• Comportements de santé : activité physique, consommation de psychotropes, présence d’un médecin traitant ;
• Évaluation du sommeil : Faut-il choisir un des tests ? En combiner plusieurs ?
o Durée moyenne de sommeil (semaine / week-end) ;
o Qualité du sommeil via le PSQI (Pittsburgh Sleep Quality Index) ;
o Insomnie via l’ISI (Insomnia Severity Index) ;
o Somnolence diurne via l’ESS (Epworth Sleepiness Scale).
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Analyse statistique
o Analyse descriptive : moyennes, médianes, pourcentages (durée de sommeil, scores, etc.).
o Analyse comparative :
o Tests de Student pour variables quantitatives ;
o Khi² pour les variables qualitatives ;
Considérations éthiques
• Consentement éclairé implicite (via participation).
• Données anonymisées.
ODOXA, MNH. Le carnet de santé des Français et des personnels de santé et hospitaliers. [Internet]. 2018 déc [cité 25 juin 2025]. Disponible sur: https://www.odoxa.fr
Chambe J. La problématique de la consultation pour plainte d’insomnie en médecine générale Du vécu du médecin aux perspectives de soins [Internet]. [Strasbourg]: Université de Strasbourg; 2019 [cité 25 juin 2025]. Disponible sur: https://theses.fr/2019STRAJ128
Bourgeois-Jacquet M, Chambe J, Kilic-Huck U, Ruppert E, Velizarova R, Bonah C, et al. Le sommeil du médecin généraliste. Comment son propre vécu influence-t-il sa perception de l’insomnie et sa pratique ? Médecine du Sommeil [Internet]. janv 2015;12(1):39 40. Disponible sur: https://linkinghub.elsevier.com/retrieve/pii/S176944931500059X
Boivin DB, Boudreau P. Impacts of shift work on sleep and circadian rhythms. Vol. 62, Pathologie Biologie. Elsevier Masson s.r.l.; 2014. p. 292 301.
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