La place des plantes médicinales dans la prévention secondaire du DT2 en médecine générale : une étude qualitative en Martinique
Dans les Antilles françaises, la prévalence du diabète de type 2 est environ deux fois plus élevée que dans l’Hexagone, atteignant environ 12 % de la population adulte.
Dans ce contexte de forte prévalence des maladies métaboliques, les pratiques de médecine traditionnelle, notamment l’utilisation de plantes médicinales, restent largement ancrées dans les représentations et les pratiques de santé des populations antillaises. En effet, les Antilles disposent d’une riche tradition de phytothérapie issue des cultures amérindiennes, africaines et européennes.
L’usage des plantes médicinales fait partie intégrante des pratiques de santé locales et demeure très répandu dans la population. Une étude menée aux Antilles montre que la grande majorité des habitants utilise des plantes médicinales et que seuls 4 % déclarent ne jamais en avoir consommé, ce qui souligne leur place importante dans les pratiques de santé quotidiennes.
Ces pratiques reposent souvent sur des connaissances traditionnelles transmises oralement, avec un niveau d’information parfois insuffisant concernant les dosages, les effets secondaires ou les interactions médicamenteuses. Ces plantes sont souvent utilisées en prévention, en complément ou en substitution du traitement du diabète, parfois sans que le médecin généraliste en soit informé.
Dans le cadre du diabète de type 2, certaines plantes sont utilisées pour leurs propriétés supposées hypoglycémiantes. Des études expérimentales et des revues de la littérature suggèrent en effet un potentiel antidiabétique de nombreuses espèces végétales, via des mécanismes tels que l’amélioration de la sensibilité à l’insuline, la réduction de l’hyperglycémie ou encore leurs effets antioxydants.
Par ailleurs, des études qualitatives menées aux Antilles ont permis d’explorer certaines dimensions des pratiques de soins. Elles ont notamment mis en évidence l’importance des représentations culturelles dans le recours aux plantes médicinales, ainsi que les freins à l’observance thérapeutique dans le diabète de type 2, incluant les effets secondaires des traitements, les contraintes du quotidien ou encore le rapport à la médecine conventionnelle. D’autres travaux ont également étudié les perceptions des médecins généralistes vis-à-vis de ces pratiques, soulignant une certaine hétérogénéité des attitudes, entre prudence, méconnaissance et intégration partielle
Malgré ces données, plusieurs limites apparaissent dans la littérature existante. Tout d’abord, les études portant sur les plantes médicinales dans le diabète reposent majoritairement sur des approches expérimentales ou pharmacologiques, et restent éloignées des pratiques réelles des patients. Elles apportent peu d’informations sur les modalités concrètes d’utilisation des plantes dans la vie quotidienne, notamment en termes de fréquence, de formes galéniques, de dosage ou d’association avec les traitements conventionnels.
Ensuite, les travaux disponibles abordent souvent de manière dissociée les différentes dimensions du sujet. D’une part, certaines études décrivent les usages des plantes médicinales dans la population générale, sans se focaliser spécifiquement sur les patients diabétiques. D’autre part, les recherches sur l’observance thérapeutique dans le diabète explorent les comportements des patients sans intégrer pleinement le rôle des pratiques de médecine traditionnelle.
De plus, la question de l’articulation entre médecine traditionnelle et médecine conventionnelle reste insuffisamment explorée. En particulier, les logiques décisionnelles des patients, c’est-à-dire la manière dont ils arbitrent entre traitements médicamenteux et recours aux plantes, demeurent peu connues. Le rôle du médecin généraliste dans cette dynamique, notamment en termes de communication, d’accompagnement et de prise en compte de ces pratiques, est également peu documenté.
Enfin, les connaissances concernant les risques potentiels liés à ces usages sont encore limitées dans le contexte spécifique des Antilles.
Ainsi, malgré une littérature croissante sur le diabète de type 2 et sur les plantes médicinales, un manque persiste concernant l’usage globale de ces pratiques dans leur parcours de soins.
Comment les patients atteints de diabète de type 2 en Martinique intègrent-ils l’usage des plantes médicinales dans leur parcours de soins ?
Hypothèses: Les plantes médicinales sont fréquemment utilisées par les patients antillais diabétiques, notamment en prévention ou en complément voir substitution du traitement médical. Leur utilisation repose principalement sur des savoirs traditionnels et familiaux. Les patients combinent souvent médecine traditionnelle et médecine conventionnelle dans leur parcours de soins.Étude qualitative visant à explorer les modalités d’usage des plantes médicinales ainsi que les représentations des patients et leur articulation entre médecine traditionnelle et médecine conventionnelle.
Entretiens semi-dirigés avec 10-15 patients diabétique de type 2, en cabinet de médecine générale et/ou en service hospitalier (HDJ de diabétologie) situé en Martinique
1. Méril-Mamert V, Ponce-Mora A, Sylvestre M, Lawrence G, Bejarano E, Cebrián-Torrejón G. Antidiabetic Potential of Plants from the Caribbean Basin. Plants. 20 mai 2022;11(10):1360. doi:10.3390/plants11101360
2. Cartesse.S L’utilisation des plantes médicinales locales aux antilles-guyane.
3. Fernier J. Plantes médicinales de Guadeloupe: représentations, expériences et ressentis des médecins généralistes. une enquête qualitative phénoménologique.
4. Samyde M, Hélène-Pelage J. Quels sont les freins à l’observance thérapeutique dans le diabète de type 2 en Guadeloupe? Une étude qualitative.
5. Charles-Sainte-Claire M. Usage des plantes médicinales aux Antilles françaises: origines, description, étude et recommandations pour une utilisation efficace et sécurisée.
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