Dermatoscopie en médecine générale en région ile de France : état des lieux
L’incidence des cancers cutanés a triplé entre 1990 et 2023. Selon les données de Santé Publique France, environ 17 922 nouveaux cas de mélanome ont été recensés en 2023, avec une mortalité significative et un pronostic directement lié à la précocité du diagnostic [1]. Les carcinomes cutanés, bien que rarement responsables de décès, représentent environ 90 % des cancers cutanés et peuvent entraîner des séquelles esthétiques et fonctionnelles en cas de diagnostic tardif [1].
En soins primaires, le médecin généraliste est souvent le premier professionnel consulté pour une lésion cutanée suspecte. Toutefois, l’examen clinique à l’œil nu présente une sensibilité et une spécificité limitées, pouvant entraîner à la fois des retards diagnostiques et des orientations excessives vers les dermatologues. Dans un contexte de démographie médicale sous tension et de délais parfois longs pour accéder à un dermatologue, l’amélioration des outils diagnostiques disponibles pour le médecin généraliste constitue un enjeu majeur de santé publique.
La dermatoscopie (ou dermoscopie) est une technique non invasive qui permet une meilleure visualisation des structures cutanées non visibles à l’œil nu. De nombreuses études ont montré qu’elle améliore significativement la précision diagnostique des lésions pigmentées et favorise le dépistage précoce des mélanomes [2,3]. Une revue systématique de la littérature a démontré que la dermatoscopie en soins primaires augmente la sensibilité diagnostique tout en réduisant les références inutiles au dermatologue [2].
Pourtant, son usage en médecine générale reste limité. Une enquête menée en France par Chappuis et al. a montré que seulement 8 % des médecins généralistes possédaient un dermatoscope, et qu’une minorité avait reçu une formation formelle à son utilisation [4]. Parmi ceux qui l’utilisaient, une majorité rapportait une meilleure confiance diagnostique et une diminution du nombre d’orientations injustifiées vers un dermatologue [4]. Les principaux freins identifiés sont le manque de formation, le temps supplémentaire en consultation et le coût du matériel.
Dans le contexte spécifique de l’Île-de-France, région caractérisée par une forte densité de population mais une répartition inégale des dermatologues, l’intégration de la dermatoscopie en soins primaires pourrait représenter une solution pour améliorer l’accès à un diagnostic précoce. L’évaluation de son apport réel dans la pratique des médecins généralistes franciliens est donc pertinente afin d’identifier les bénéfices, les limites et les conditions nécessaires à sa diffusion.
En Ile de France, dans quelle mesure les Médecins généralistes utilisent-ils la dermatoscopie dans leur pratique, et quels sont les freins et leviers determinants à son adoption pour améliorer la prise en charge des lesions cutanées suspectes ?
Hypothèses: L’hypothèse principale est que la grande majorité des médecins généralistes franciliens ne disposent pas de dermatoscope et n'ont pas bénéficié d'une formation adaptée à son utilisation. L'accès à une formation ciblée améliorerait la compétence diagnostique et favoriserait le dépistage précoce des lésions dermatologiques en cabinet.Il s'agit d'une étude quantitative descriptive transversale par questionnaire auto-administré, menée auprès de médecins généralistes exerçant en région Île-de-France. Les données recueillies seront de nature quantitative, portant sur la prévalence de l'utilisation du dermatoscope, le niveau de formation des praticiens, les types de lésions explorées, ainsi que les freins et leviers perçus à l'adoption de cet outil.
La population cible est constituée des médecins généralistes exerçant en Île-de-France, en exercice libéral, mixte ou salarié en centre de santé. Un échantillonnage par convenance sera réalisé via les listes de diffusion des départements universitaires de médecine générale (Paris, Créteil, Bobigny), les réseaux de maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) et les syndicats régionaux. L'objectif est d'obtenir un minimum de 150 à 200 répondants afin d'assurer une représentativité suffisante.
Le questionnaire sera diffusé par voie électronique via un lien sécurisé (Framaform), avec une à deux relances planifiées. La diffusion s'effectuera par l'intermédiaire des canaux suivants : listes de diffusion des départements de médecine générale des facultés franciliennes (Paris, Créteil, Bobigny), réseaux de maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP), et syndicats régionaux de médecins généralistes.
L'analyse des données comprendra :
• Une analyse descriptive univariée : calcul des fréquences et pourcentages pour les variables qualitatives (possession d'un dermatoscope, type de formation, freins identifiés) ; calcul des moyennes, médianes et écarts-types pour les variables quantitatives (fréquence d'utilisation, ancienneté)
• Une analyse bivariée exploratoire visant à rechercher des associations entre l'utilisation du dermatoscope et des variables explicatives (formation reçue, ancienneté d'installation, mode et lieu d'exercice), au moyen de tests du Chi-2 ou de Fisher pour les variables qualitatives, et de tests de Mann-Whitney ou t de Student pour les variables quantitatives selon les conditions d'application
1. Intitut nationale du cancer (INCa). Epidémiologie des cancers cutanés [Internet]. 2025 [cité 25 sept 2025]. Disponible sur: https://www.cancer.fr/professionnels-de-sante/prevention-et-depistages/depistage-et-detection-precoce/detection-precoce-des-cancers-de-la-peau/epidemiologie
2. GIACCO-DEMOULINS N. La dermatoscopie en médecine générale. La Revue du Praticien Médecine Générale. 29 sept 2020;34(1046):586 8.
3. Walter FM, Morris HC, Humphrys E, et al. Effect of adding dermoscopy to routine skin cancer examinations by general practitioners: diagnostic accuracy study in primary care. BMJ. 2020;368:m1184.
4. Chappuis P, Duru G, Marchal O, Girier P, Dalle S, Thomas L. Dermoscopy, a useful tool for general practitioners in melanoma screening: a nationwide survey. Br J Dermatol. 2016 Oct;175(4):744-50. doi: 10.1111/bjd.14495. Epub 2016 Jun 30. PMID: 26914613.
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