Fausse couche précoce : Perception de la continuité de soin entre l’hôpital et la médecine générale

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Une fausse-couche se définit comme une interruption spontanée de grossesse avant 22 semaines d’aménorrhée, selon la définition de l’Organisation Mondiale de Santé. Elle concernerait environ 15 à 20 % des grossesses en France, c’est-à-dire un peu moins d’une grossesse sur quatre, ce qui en fait un événement très fréquent, touchant chaque année des milliers de femmes (Inserm, 2019). Même si les fausses couches sont très fréquentes, elles restent encore trop taboues et pas suffisamment accompagnées sur le plan émotionnel, et trop souvent banalisées dans le discours médical comme un « événement naturel ».
Pourtant, des études récentes et des travaux de thèse [1] soulignent l’impact psychologique important de cet événement : symptômes anxiodépressifs, stress post-traumatique, troubles du sommeil, parfois durables, sont retrouvés chez près d’une femme sur deux après une fausse couche.
La prise en charge hospitalière de la FCS se concentre généralement sur l’aspect médical immédiat, laissant parfois de côté le soutien émotionnel nécessaire [2]. Le suivi post-fausse couche est peu codifié si ce n’est pas du tout codifié et repose sur des modalités hétérogènes selon les territoires, les établissements, et les professionnels. Cependant, dans la logique de soins de premier recours et de parcours de soins coordonné, le médecin généraliste devrait jouer un rôle central dans l’accompagnement de ces femmes après leur passage à l’hôpital. En effet, le médecin généraliste occupe une position stratégique dans l’accompagnement des femmes dans les moments clés de leur vie reproductive. Comme le rappelle la revue Exercer [3] dans son travail de structuration des « familles de situations cliniques en médecine générale », la santé de la femme est l’un des champs transversaux majeurs de la discipline, incluant les événements gynécologiques, les troubles liés à la grossesse, et les épisodes de vulnérabilité psychique ou émotionnelle.
Dans ce cadre, la fausse couche, bien que fréquente, constitue un moment à la fois médical et existentiel qui s’inscrit pleinement dans le champ de la médecine générale. Le médecin traitant est souvent le seul professionnel de santé à disposer d’une vision globale de l’histoire médicale, sociale et psychologique de sa patiente. Il est également le plus accessible pour initier un accompagnement dans la durée, qu’il soit médical, psychique, ou social.
Or, la qualité de la transition hôpital-ville, la place que prend le médecin généraliste dans ce suivi et les attentes des patientes sur ce sujet, restent mal connues, comme le souligne la thèse de Dr Anne Juhel (Université de Rennes 1, 2018) [4], les femmes consultent peu leur médecin généraliste après une FCS, souvent par méconnaissance de son rôle dans ce contexte. Celles qui le consultent attendent principalement de l’écoute, de la disponibilité et des explications. Cette étude met en évidence un dysfonctionnement du système de soins, caractérisé par un manque d’empathie et une technicité excessive dans la prise en charge.
Cette absence de relais clair entre l’hôpital et la médecine de ville a également été soulignée dans la thèse de Dr Angéline Bousseau (Université de Strasbourg, 2024) [5]. Son étude a montré que si le diagnostic est fréquemment posé à l’hôpital, seulement 24 % des soignants hospitaliers réorientent systématiquement les patientes vers un suivi par leur médecin généraliste. Cette donnée souligne une faille importante dans la coordination des soins, avec un risque de rupture dans le parcours des femmes à un moment particulièrement vulnérable.
A ce jour, il n’existe aucune recommandation claire sur l’organisation du suivi post-fausse couche dans le cadre des soins primaires. Ce manque de cadre peut laisser les femmes seules dans une période de grande vulnérabilité, sans accompagnement adapté, ni espace pour exprimer leur vécu ou leurs besoins.
Il apparaît donc nécessaire d’explorer l’articulation entre la prise en charge hospitalière de la FCS et le suivi en médecine générale, afin d’identifier les éventuelles ruptures de parcours et les attentes des patientes. Une meilleure coordination entre les différents acteurs de santé pourrait améliorer la qualité de la prise en charge et le vécu des femmes après une FCS.

Étiqueté comme : santé de la femme

Question de recherche *:

Comment les femmes ayant vécu une fausse couche perçoivent-t-elle la continuité des soins entre la prise en charge hospitalière et suivi en médecine générale ?

Hypothèses: Nous supposons que le vécu des femmes ayant vécu une fausse-couche prise en charge initialement à l’hôpital est marqué par une rupture ou un manque de continuité entre la prise en charge hospitalière et le suivi en médecine générale dans les suites immédiates de l’événement. Il est probable que certaines femmes décrivent une transition vécue comme peu structurée ou se sentent insuffisamment accompagnée pouvant générer un sentiment d’abandon, de flottement, voir de rupture dans le parcours de soins. Nous supposons également que la perception de cette continuité dépend de plusieurs facteurs : la clarté des informations transmises à la sortie de l’hôpital, l’existence d’une orientation explicite vers le médecin généraliste, l’accessibilité de celui-ci, ainsi que la qualité de la relation préexistante avec leur médecin traitant. Pour finir, nous faisons l’hypothèse que certaines situations de non recours ou de recours tardif au médecin généraliste après l’évènement pourrait s’expliquer par des représentations variables du rôle du médecin généraliste dans ce contexte, ou par l’absence de relais clairement identifié au mois de la prise en charge hospitalière.
Objectif: L’objectif principal de l’étude est d’explorer la perception des femmes ayant vécu une fausse couche concernant la continuité des soins entre la prise en charge hospitalière initiale et le suivie en médecine générale.
Matériel et méthode:

Il s’agira d’une étude qualitative exploratoire fondée sur la réalisation d’entretiens individuels semi-directifs auprès de femmes ayant vécu une fausse couche ayant fait l’objet d’une prise en charge initiale à l’hôpital. Le recrutement se fera auprès de médecins généralistes en Île-de-France, sollicités pour proposer à leurs patientes ayant vécu cet événement dans le passé de participer à l’étude. L’objectif sera d’explorer la perception des femmes ayant vécu une fausse couche concernant la continuité des soins entre la prise en charge hospitalière initiale et le suivie en médecine générale. . Un guide d’entretien sera élaboré à partir des hypothèses de travail. En raison de la sensibilité du sujet et des données recueillies, le projet sera soumis à un comité d’éthique.

Description méthodologique de l’étude:

Cette étude reposera sur une méthodologie qualitative, adaptée à l’exploration du vécu, du ressenti et des représentations des patientes après une fausse couche. Selon Lebeau et al., les méthodes qualitatives sont particulièrement indiquées lorsqu’il s’agit de comprendre l’expérience subjective des patients, leurs perceptions et leurs attentes dans un parcours de soins. Le recueil des données sera réalisé à l’aide d’entretiens semi-dirigés individuels en présentiel ou à distance, selon la préférence des participantes après obtention d’un consentement, permettant d’explorer en profondeur l’expérience des femmes concernant la continuité des soins entre la prise en charge hospitalière et le suivi en médecine générale. Ce type d’entretien offre un cadre suffisamment souple pour laisser émerger les éléments importants du vécu des participantes tout en conservant une trame commune entre les entretiens. Les entretiens seront enregistrés, retranscrits intégralement puis analysés selon une méthode d’analyse thématique inductive, visant à faire émerger les thèmes principaux à partir du discours des participantes. Le recrutement sera poursuivi jusqu’à saturation des données, concept central en recherche qualitative décrit par Lebeau et al. Cette démarche méthodologique s’appuie sur les principes de la recherche qualitative en santé décrits dans l’ouvrage Initiation à la recherche clinique en santé de Jean-Pierre Lebeau.

Références:

[1]Peyridieux O. Le vécu des femmes lors de la prise en charge d’une fausse couche précoce (thèse). Rennes : École des sage-femme de Rennes ; 2021.
[2]Savary L. Traitement de première intention des pertes de grossesse, spontanée, précoce, non hémorragique aux urgences gynécologique du CHU Sud de la Réunion en 2022 (thèse) .Réunion : Université de la Réunion ; 2023.
[3]Attali C, Huez JF, Valette T, Lehr-Drylewicz AM. Les grandes familles de situations cliniques. Exercer 2013;108:165-9.
[4]Juhel A. Après une fausse couche spontanée, quel est le rôle du médecin généraliste, étude qualitatif du ressenti des patientes du bassin rennais (thèse). Rennes : Université de Rennes 1 ; 2018.
[5]Bousseau A. Le vécu des fausses couches précoces et de leur prise en charge. Enquête nationale auprès des patientes, de leur partenaire et des gynécologues (thèse). Strasbourg : Université de Strasbourg ; 2024. [6] Lebeau JP, et al. Initiation à la recherche clinique en santé. Paris : Elsevier Masson ; 2021.

Eventuels objectifs secondaires: L’objectif secondaire et de mettre en lumière des pistes d’amélioration pour renforcer la qualité et la continuité des soins.

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