Développement et validation préliminaire du questionnaire multidimensionnel de tolérance au travail posté (M-SWT) chez les résidents hospitaliers

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La tolérance au travail posté (Shift-Work Tolerance, SWT) désigne la capacité individuelle à maintenir sa santé, ses performances et son équilibre psychologique malgré des horaires irréguliers ou nocturnes. Cette tolérance dépend de facteurs biologiques (chronotype, flexibilité circadienne), psychologiques (résilience, stratégies d’adaptation) et organisationnels (charge de travail, récupération entre les gardes).

Les premiers outils psychométriques, tels que le Shift-Work Tolerance Questionnaire et le Standard Shiftwork Index (1), ont principalement évalué les symptômes de mal-adaptation (fatigue, troubles du sommeil, déséquilibres sociaux), plutôt que la capacité perçue à faire face à ces contraintes. Des instruments plus récents explorent la récupération et le chronotype, sans pour autant mesurer la tolérance perçue comme sentiment d’efficacité personnelle.

À ce jour, aucune échelle standardisée et validée ne permet de mesurer la tolérance perçue au travail posté. Les revues récentes confirment que le concept de SWT reste hétérogène et insuffisamment défini (2). La validation des outils existants reste limitée, notamment en lien avec des mesures objectives telles que l’actigraphie ou les marqueurs hormonaux du rythme circadien.

Des travaux récents soulignent la nécessité d’articuler les approches psychométriques et physiologiques pour mieux comprendre les mécanismes d’adaptation au travail posté. Par exemple, Harding et al. (3) ont identifié des biomarqueurs hormonaux et métaboliques associés à l’adaptation au travail posté, tandis que Harris et al. (4) ont mis en évidence le rôle des comportements de sommeil adaptatifs au cours de la première année d’activité en horaires décalés. Enfin, Booker et al. (5) ont souligné, dans une revue systématique, l’importance des différences interindividuelles dans la vulnérabilité à l’insomnie et à la somnolence liées au travail posté.

Les comportements d’adaptation ont également été au centre des travaux de notre équipe, notamment à travers le développement de l’indice de charge de travail posté (Shift Load Index) et son lien avec le sommeil (Schmidt et al., Frontiers in Public Health, 2025), ainsi que l’identification de profils de vulnérabilité et de résistance au travail posté, actuellement disponibles en prépublication (preprint et en cours d’évaluation, Scientific Reports).

Le développement de la Multidimensional Shift-Work Tolerance Scale (M-SWT) vise à combler ce vide méthodologique en proposant un outil intégré, fondé à la fois sur les travaux initiaux reliant désynchronisation circadienne, récupération et effets sur la santé, et sur les connaissances actuelles issues de la recherche récente. Ainsi, la construction de l’instrument s’appuie sur quatre axes majeurs identifiés dans la littérature contemporaine :

Vulnérabilité individuelle: chronotype, flexibilité circadienne, résistance à la somnolence (5) ;
Adaptation précoce: comportements de sommeil et ajustement progressif (4) ;
Corrélats physiologiques: biomarqueurs hormonaux et métaboliques d’adaptation (3) ;
Cadre conceptuel et psychométrique – intégration des modèles de Barton (1) et Merkus (2015).

Le développement et la validation de cette échelle concise, robuste et écologiquement ancrée permettront d’évaluer la tolérance perçue, de prédire les profils de vulnérabilité et de soutenir la mise en place d’interventions ciblées dans les populations soumises aux horaires postés.

Étiqueté comme : adaptation au travail posté, chronobiologie, gardes de nuit, psychologie de la santé, psychométrie, rythmes circadiens, santé au travail, sommeil, validation d’échelle

Question de recherche *:

Comment la tolérance perçue au travail posté peut-elle être mesurée à l’aide d’un outil psychométrique, et dans quelle mesure cette mesure permet-elle d’identifier précocement les profils de vulnérabilité et d’adaptation chez les jeunes professionnels de santé ?

Hypothèses: 1.Les items issus de la littérature internationale sur la tolérance au travail posté peuvent être regroupés en cinq dimensions cohérentes (tolérance perçue, gestion de la somnolence, confiance en la récupération, flexibilité circadienne et sensibilité à la privation de sommeil). 2. Le questionnaire présentera une bonne cohérence interne (α de Cronbach > 0,80) et une stabilité temporelle satisfaisante (test–retest sur 3 semaines). 3. Les scores du questionnaire à l’inclusion permettront de prédire la survenue de troubles du sommeil ou de difficultés d’adaptation après six mois d’activité en horaires postés .
Objectif: Développer et valider de manière préliminaire un questionnaire psychométrique multidimensionnel (M-SWT) permettant d’évaluer la tolérance perçue au travail posté chez les résidents hospitaliers, à travers l’analyse de sa structure factorielle, de sa cohérence interne et de sa stabilité temporelle.
Matériel et méthode:

"Il s’agit d’une étude observationnelle, cross-sectionnelle à mesures répétées, combinant des méthodes quantitatives et qualitatives. L’étude vise le développement et la validation préliminaire d’un questionnaire psychométrique (M-SWT) en francais évaluant la tolérance perçue au travail posté.
Elle comporte une phase qualitative (élaboration et validation de contenu des items par un panel d’experts), et une phase quantitative (analyse factorielle, cohérence interne, test-retest et validité prédictive à 6 mois)."

Description méthodologique de l’étude:

Population étudiée :
Résidents hospitaliers (internes en médecine et élèves IADE) exerçant dans les services à horaires postés (urgences, anesthésie, soins intensifs).
Lieu de l’étude :
Hospices Civils de Lyon (HCL).
Mode de recueil :
Auto-questionnaires anonymes (format en ligne) comprenant le questionnaire M-SWT en développement,
des échelles de référence : Pittsburgh Sleep Quality Index (PSQI), Insomnia Severity Index (ISI) et Epworth Sleepiness Scale (ESS), un questionnaire sociodémographique (âge, sexe, service, nombre de gardes, charge perçue, temps de récupération).
Recrutement :
Les participants seront informés lors des réunions d’accueil des résidents et invités à participer sur la base du volontariat. Le consentement éclairé sera obtenu avant inclusion.
Effectif envisagé :
Un effectif minimal de 60 participants est prévu pour la phase pilote, selon les recommandations de validation exploratoire (5 à 10 sujets par item).
Calendrier et mesures répétées :
T0 : première passation avant le début de l’activité postée ;
T0 bis : deuxième passation à 3 semaines pour le test-retest ;
T1 (6 mois) : troisième passation après 6 mois d’exposition au travail posté pour évaluer la validité prédictive.
Stratégie d’analyse :
Phase qualitative : analyse thématique des retours experts (pertinence, clarté, redondance).
Phase quantitative :
analyses descriptives des scores (moyennes, écarts-types) ;
analyse factorielle exploratoire (AFE) puis confirmatoire (AFC) ;
cohérence interne (α de Cronbach, ω de McDonald) ;
stabilité temporelle (corrélation test-retest) ;
validité convergente (corrélation avec PSQI, ISI, ESS) ;
validité prédictive (régression entre les scores initiaux du M-SWT et les troubles du sommeil à 6 mois).
Durée du recueil :
12 mois au total : 6 mois de développement/validation initiale et 6 mois de suivi longitudinal.

Références:

1. Barton J, Spelten E, Totterdell P, Smith L, Folkard S, Costa G. The Standard Shiftwork Index: A battery of questionnaires for assessing shiftwork-related problems. Work Stress. 1995;9(1):4–30. doi:10.1080/02678379508251582
2. Degenfellner J, Schernhammer E. Shift work tolerance. Occup Med (Lond). 2021;71(9):404–13. doi:10.1093/occmed/kqab138
3. Harris R, Dobson C, McMahon M, Lushington K. Adaptive sleep behaviours and shift-work tolerance during the first year of shift work in paramedics. Sleep Med. 2024;117:1–8. doi:10.1016/j.sleep.2024.10.003
4. Harding BN, Espinosa A, Castaño-Vinyals G, Pozo OJ, Skene DJ, Bustamante M, et al. Identification of predictors of shift work adaptation and its association with immune, hormonal and metabolite biomarkers. J Pineal Res. 2024;78(6):e70017. doi:10.1111/jpi.70017
5. Booker LA, Magee M, Rajaratnam SMW, Sletten TL, Howard ME. Individual vulnerability to insomnia, excessive sleepiness and shift-work disorder among healthcare shift workers: A systematic review. Sleep Med Rev. 2018;41:220–33. doi:10.1016/j.smrv.2018.03.005

Eventuels objectifs secondaires: i) Explorer les liens entre la tolérance perçue au travail posté (M-SWT) et les indicateurs de sommeil et de récupération (PSQI, ISI, ESS). ii) Évaluer la validité prédictive de l’échelle en examinant sa capacité à anticiper les troubles du sommeil ou les difficultés d’adaptation après six mois d’activité en horaires décalés. iii) Examiner l’influence de variables individuelles (âge, sexe, chronotype, charge de travail perçue) sur les scores de tolérance au travail posté."

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